Major Lazer

Diplo, c’est comme le furet : tu crois l’avoir vu du côté de Londres qu’il est déjà reparti à Philly ; tu l’attends à Berlin, il s’est envolé pour Tokyo… Il faut dire qu’avec la sortie de Major Lazer, le nouveau projet dancehall digital, Jamaïque numérique, qu’il manigançait depuis un moment en compagnie de son compère anglais Switch, les clubs leur ouvrent grand leurs portes. Parce que Major Lazer c’est chaud et les dancefloors se transforment en chaudrons… À ne surtout pas manquer, le 3 septembre.

Beaucoup pensent que la guitare façon surf music qui ouvre “Hold The line”, votre premier single avec Santigold et Mr Lexx, est celle de “Misirlou” de Dick Dale, morceau qui avait fait la gloire de la B.O. de “Pulp Fiction” de Tarantino.
Diplo : Non, on a triché mais oui, c’est dans le même genre… et Dick Dale est
une légende.

Qui est Ferry Gouw, le réalisateur du clip ?
Diplo : C’est un Indonésien complètement barré qui jouait avant dans le groupe Test Icicles.

C’est lui qui a conçu les visuels foutraques autour de Major Lazer, avec ce personnage de héros black, une espèce de croisement entre Mister T
et un vétéran du Vietnam perdu dans l’espace ?
Diplo : Oui, c’est un peu tout ça, sans oublier nos potes GI Joe et Rambo aussi, plus les Tortues ninja. Un univers très BD.

Est-ce que cette imagerie est une façon de revenir aux pochettes de certains albums dub, en particulier ceux de Lee Perry ?
Diplo : Je crois que notre but a été de revenir au côté débile du reggae, enfin… peut-être pas débile mais clairement pas sérieux.

D’où te vient ce goût pour le reggae et toute la culture dancehall ? De ta jeunesse en Floride, passée à écouter les radios locales ?
Diplo : Sûrement, en Floride le reggae est tout sauf exotique. Là-bas, il y a peut-être plus d’habitants originaires de Cuba, Haïti ou des Caraïbes en général que sur toutes ces îles réunies…

 

Est-ce que ce goût ne s’explique pas également par ton attachement à la culture punk rock anglaise, qui s’est très vite liée à la scène reggae ? Notamment les Clash, que tu connais bien puisque tu as trouvé sur un de leurs morceaux la boucle qui fait tout le sel de “Paper Planes”, le tube de M.I.A. que tu as produit pour elle.
Diplo : Je crois même que les Clash sont comme les précurseurs d’une bonne partie de ce que je fais. C’est l’un des premiers groupes à avoir mixé les genres de façon délibérée alors qu’aujourd’hui les journalistes font tout pour classer la musique dans des cases séparées.


D’un autre côté, j’adore aussi Crass qui, eux, détestaient les Clash… Et puis oui, j’écoute beaucoup de two tone également, ce qu’on appelle souvent du ska.
 

Il y a plusieurs morceaux dans Major Lazer qui sont potentiellement de gros hits, “Keep in Goin’ Louder” par exemple, avec Ricky Blaze qui me fait penser à une sorte de Sean Kingston sur autotune en train de rouler sur le front de mer de Miami Beach.
Diplo : Personnellement, je n’aime pas trop Sean Kingston mais en tout cas, Ricky Blaze représente une des scènes très actives de New-York : la troisième génération des gamins du dancehall, qui se fichent royalement des règles et qui ne font que ce qui leur plaît.


D’ailleurs en parlant d’autotune, que penses-tu du morceau de Jay-Z, “Death of Autotune” ?

Diplo : L’autotune peut bien déjà être mort sauf que tu ne peux pas tuer une idée, seulement faire du buzz sur youtube… En plus, si l’autotune est mort, il est déjà ressuscité, comme un zombie.


Il y a aussi votre morceau “Mary Jane” qui cartonne : la ligne de grosse caisse est typiquement un son de Switch, n’est-ce pas ?

Diplo : Ouais, c’est même le seul morceau qu’il ait fait tout seul…


Sur “Jump up” on remarque la participation des Crookers, une des locomotives de cette forme d’électro qu’on appelle “fidget house” et dont l’appellation plus ou moins contrôlée viendrait de Switch lui-même… Comment vois-tu l’avenir de ce genre ?

Diplo : Je crois que ça s’est tellement développé, qu’aujourd’hui c’est mort. Nous sommes passés au-delà. Ceci dit, les Crookers sont des potes et eux, ils sont loin d’être morts, très loin même…


Pour finir sur ton grand oeuvre de l’an dernier, l’album de Santogold : connaissais-tu le Santogold du New York interlope des années 80 qui, par voie judiciaire, a obligé la désormais Santigold à changer son nom ?

Diplo : Il était de Philadelphie à la base et il m’a poursuivi aussi ! Il m’a sérieusement rincé après la sortie de ma mixtape avec elle. Heureusementqu’on en a vendu beaucoup, sinon cette histoire m’aurait rendu fou !

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