JOAKIM
Patron du label Tiger Sushi, producteur, dj, remixeur… du haut de ses 1m95 Joakim est devenu en quelques années une figure incontournable des scènes électroniques. Après trois albums qui effaçaient les frontières entre la house, le Krautrock, l’ambient, le black metal et la world music, Joakim se réinvente avec Nothing Gold en auteur compositeur, interprète. Interview.
Quel est ton premier souvenir musical?
Paul Young dans la voiture de mes parents sur la route entre St-Rémy De Provence et St-Etienne-Du-Grès, les fenêtres ouvertes il me semble. Ça ou un truc de classique le dimanche matin dans le salon. À moins que ce soit Led Zeppelin dans le ventre de ma mère, quelques jours avant d'accoucher, dans une boite de nuit, le Niels ou Castel.
Te souviens-tu du moment où tu as décidé de devenir musicien?
Non, je n'ai jamais pris cette décision. Il serait peut-être temps...
Réécoutes-tu tes précédents albums? Comment les trouves-tu rétrospectivement?
Pas trop, sauf quand je m'apprête à en faire un nouveau, comme une manière de faire un bilan et de se rappeler ce qui n'allait pas la fois d'avant ou au contraire ce qui était bien.
À l’instar de George Lucas, as-tu parfois la tentation du repentir?
Ca viendra peut-être avec l'âge, pour l'instant je préfère penser à la suite. J'essaie de ne surtout pas rester bloqué sur le passé, même s'il y a plein de trucs que j'ai fait que je n'aime plus.
Avec Nothing Gold, tu te retrouves pour la première fois dans la peau d'un chanteur songwriter. D'où est née cette envie qui peut surprendre quand on connaît tes précédents albums plus club ou plus expérimentaux?
Disons que c'est mon but caché depuis au moins 3 albums déjà. Mes artistes préférés sont tous des chanteurs / songwriters : Robert Wyatt, Scott Walker, les Talking Heads etc. L'autre facette de ma musique vient plus de mon côté nerd du disque, de ma collection, de mon attrait pour les musiques un peu déviantes etc. Mais ces songwriters sont les musiciens contemporains qui me touchent vraiment, il y a une portée dans un morceau Pop comme Why de Carly Simon par exemple qu'aucun disque de Can, dont je suis pourtant ultra fan aussi, n'atteindra jamais.
Que représente pour toi le format pop?
Le format pop est le format qui correspond le plus à l'idée d'universalité, l'idée d'une culture partagée par un grand nombre de personnes, ce qui vaut à la pop d'être méprisée en France, pays des élites par excellence. Mais attention, je ne méprise rien de plus que le populisme, la démagogie et le nivellement par le bas. Ce n'est pas ça la pop, c'est juste quelque chose connecté à un inconscient et une culture collective avec un pouvoir émotionnel plus fort.
Tu es également ton propre producteur. Est ce une évidence pour toi? N’y a-t-il pas un risque d'autisme dans cette position d'ermite?
Oui, la partie technique, l'enregistrement, le mixage, sont pour moi quasi aussi importants que la composition, du coup j'aurais du mal à laisser quelqu'un d'autre le faire à ma place. Si un producteur foutait une reverb ou un synthé qui ne me plaisent pas à un endroit, je ne laisserais pas passer. Évidemment, le risque d'autisme est présent, mais je crois que c'est en général plus une source de souffrance (pour le musicien qui doute de tout ce qu'il fait) que d'errances artistiques.
A contrario Nothing Gold semble plus ouvert sur le monde que tes précédents disques. En avais-tu conscience en le composant?
C'était effectivement mon but, d'avoir un disque plus simple, plus ramassé, direct. Je crois que c'est encore trop compliqué d'ailleurs, mais j'y travaille.
On sent avec ce disque que tu essaies d'échapper à un public d'érudits pour toucher le plus grand nombre. Crois-tu en une forme d'avant-garde mainstream en musique?
Complètement. Je re-citerai l'exemple de Laurie Anderson avec Superman, un morceau totalement OVNI, ne répondant à aucun critère du hit classique, mais qui a été classé numéro 2 dans les charts en Angleterre en 81. Il y a beaucoup d'autres exemples. Ça tient un peu au hasard, un peu au talent, au timing aussi. Franchement ça me déprime un peu de savoir que mon "public" est composé majoritairement d'érudits, mais je crois que c'est assez vrai. Peut-être qu'il n'y a pas assez d'érudits, l'érudition est malheureusement une valeur très dévalorisée aujourd'hui.
Avais-tu une appréhension à chanter? Comment te juges-tu en tant que chanteur?
Oui, je préfère ne pas juger pour l'instant, je ne me considère pas chanteur, disons que je joue un rôle. J'ai essayé de trouver ma voix, c'est pas évident parce qu'on peut tous chanter, plus ou moins bien, d'un tas de manières différentes, il faut trouver la bonne, c'est-à-dire celle qui est naturelle d'un point de vue technique mais aussi avec laquelle on est à l'aise artistiquement. Du coup j'ai joué la carte du détachement, un peu à la manière de Malkmus chez Pavement que j'ai beaucoup écouté plus jeune.
Qu'est-ce que ton boulot de dj apporte à celui de musicien? Et vice versa?
Du blé pour acheter des machines et à part ça... un savoir faire en terme d'efficacité, mais que je n'applique que quand je fais des remixes en réalité. Et vice versa, euh, je fais des sets "musicaux"?
Quels sont les projets de ton label Tiger Sushi?
On monte une sandwicherie avec Krikor et DyE rue de la Fontaine-Au-Roi, il y avait un vrai manque. Krikor tourne parallèlement un remake français de Breaking Bad dans une caravane avec Charlotte à la réal. Les Principles Of Geometry fournissent notre sandwicherie en charcuterie fabriquée à Lille à bas prix. On a recruté quelques nouveaux artistes pour le service en salle. Pendant ce temps j'emploie des sans papiers dans le studio pour enregistrer des reprises acoustiques de bro-step.
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